Aimard fait parler Kurtág: regards intimes sur un centenaire
Pierre-Laurent Aimard, l’un des interprètes les plus proches de Kurtág, propose une lecture singulière où les Játékok deviennent des pages de journal intime écrites au piano. À l’occasion des 100 ans du compositeur hongrois, son interprétation rayonne par une délicatesse qui mêle pudeur et curiosité, et invite le public à sourire devant ces confidences musicales.
Sur le clavier, les gestes sont précis et mesurés: des motifs répétés avec une respiration qui laisse émerger les silences. Aimard privilégie des tempi mesurés et des dynamiques nuancées, révélant les accents personnels que Kurtág distille dans chaque miniature.
Cette approche ne vise pas la démonstration, mais la relation: Kurtág et Aimard dialoguent comme deux voix d’une même mémoire esthétique, invitant le public à feuilleter le carnet secret du compositeur et à le lire à hauteur d’oreille.
Une écoute rapprochée des Jatekok et des traces personnelles
Les Játékok, petites séries de pièces aussi nettes qu’éthérées, deviennent sous les mains d’Aimard un témoignage vivant et lumineux. Chaque fragment rappelle une confidence, et le rythme dépouillé de Kurtág se révèle sous son toucher comme une voix intérieure qui se laisse entendre.
Le pianiste modélise les transitions avec une clarté rare: les enchaînements se déploient sans ostentation, les couleurs se superposent par touches fines, et les variations discrètes renvoient à l’autobiographie cachée du compositeur.
Au-delà des signatures techniques, c’est l’humanité de Kurtág qui ressort: atmosphères minimalistes, ironie subtile et mélodies qui s’ancrent durablement dans l’esprit des auditeurs. Aimard offre ainsi une clé d’écoute moderne pour un répertoire centenaire.
